Colloque
Magritte : perspectives nouvelles,
nouveaux regards
9-11
mai 2012, Toronto
Université
de Toronto, Université du Québec à Rimouski, Université Laurentienne
Le peintre surréaliste belge Magritte
(1898-1967) a produit un œuvre (au masculin) dont la qualité, l’étendue, la
complexité et la forte structuration le rendent particulièrement intéressant
pour une recherche sur le sens des mots en contexte d’images, et vice-versa,
ainsi que sur le sens des images en elles-mêmes.
Les mots du célèbre peintre ont été nombreux
et diversifiés (ses écrits complets comptent près de 800 pages, en excluant une
large correspondance). Magritte écrivit en particulier sur les images et sur
les titres, auxquels il accordait une importance considérable. En outre, des
mots se trouvent peints dans de nombreuses œuvres, la célèbre légende
« Ceci n’est pas une pipe. » en est un exemple. Si les titres de
tableaux appartiennent à l’univers pictural et onomastique (en tant que noms
propres), ceux de Magritte sont également littéraires : surréaliste et
entouré de poètes, Magritte considérait « que le meilleur titre d’un
tableau, c’est un titre poétique. » Bref, l’intitulant s’unit à l’intitulé
de manière oblique, « mystérieuse ». Les images de Magritte, quant à
elle, se veulent une représentation du « mystère ». Ce mystère réside
notamment dans : les objets innommables (formes biomorphes, etc.) ; les
propriétés modifiées des objets (des statues en chair humaine) ; le
rapport entre objets (une femme nue couverte d’objets usuels) ; le statut
ontologique de ces objets (par ex. un tableau dans le tableau). À ce choc
sémantique interne aux images correspond le choc entre une œuvre qui dit une
chose (ex. des pains géants en lévitation), et un titre qui dit, du moins en
première analyse, tout autre chose (ex. « La légende dorée »).
Le sentiment que ce contraste suscite a
priori, au sein de l’image et du texte à l’image, est celui de l’absurde
sémantique. L’« absurde » n’est pas l’absence de sens, mais une façon
particulière de produire du sens, ou si l’on préfère du contre-sens. À cet
égard, l’absurde est descriptible comme tout sens, même s’il pose des problèmes
théoriques et méthodologiques particuliers. Comme le dit Magritte de ses
œuvres, mais le propos pourrait être étendu aux titres : « Un tableau
me semble valable s’il n’est pas absurde ni incohérent et s’il a la logique du
mystère, ainsi que le Monde. » C’est cette logique que nous tentons de
restituer dans les travaux de notre colloque.
L’œuvre de Magritte a suscité de nombreuses analyses
relevant de nombreuses approches différentes : historico-esthétique (par
ex., Sylvester, Draguet), bien sûr, mais également philosophique (par ex.,
Foucault), psychologique (par ex., Gedo, St-Martin), sémiotique (par ex.,
Everaert-Desmedt et ali., le Groupe
µ), etc. Nous proposons de compléter les études magrittiennes en exploitant une
approche inédite, technométhodologique, qui prenne en compte les plus récentes
avancées technologiques et qui, pour cette raison, fera apparaître de « nouveaux
observables » (Rastier).
À part quelques spécialistes qui ont consacré
leur vie au peintre (comme Sylvester ou Draguet), rares sont ceux qui ont pris
en compte dans leur analyse l’œuvre complet. En effet, si le fabuleux Magritte. Catalogue raisonné de
Sylvester reproduit les quelque
2 000 œuvres du peintre et en donne les caractéristiques techniques
(titre, année, matériaux, dimensions, etc.), il est toutefois massif (cinq volumes
pour un total de plus de 2 000 pages) et comporte les limitations de recherche inhérentes
au média livre. Les choses viennent de changer. Un groupe de recherche, animé
par les organisateurs du colloque et subventionné par le CRSH (2009-2012), a
créé la base de données Internet Magritte.
Toutes les œuvres, tous les thèmes (www.magrittedb.com). La base est
constituée de deux secteurs : (1) le secteur des données descriptives, comme
les titres, dates, matériaux, dimensions et reproductions des œuvres; (2) le
secteur des données analytiques, qui contient l’inventaire des éléments
représentés dans les œuvres (pomme, femme, etc.). L’analyse distingue environ 3
000 éléments différents revenant au total environ 40 000 fois (on ne compte
qu’un élément donné par œuvre : par exemple, s’il y a deux pommes dans une
œuvre, on ne compte qu’une pomme). À noter que les reproductions ne sont
affichées que pour les membres de l’équipe, car la succession Magritte refuse
leur diffusion dans Internet. Combien de toiles Magritte a-t-il peintes entre
1934 et 1944 ? Dans quelles œuvres du peintre trouve-t-on une tortue ? Une
pomme ? Combien d’huiles, combien de gouaches a-t-il produites ? Quelles œuvres
contiennent le mot « femme » dans leur titre ? Quelles œuvres représentent des mots ? Autant de questions
auxquelles il est laborieux de répondre, même armé du catalogue de Sylvester.
Autant de questions auxquelles notre base de données répond instantanément.
Mieux, une telle base – à notre connaissance une première en histoire de l’art –,
livre une vue d’ensemble quasi exhaustive des thèmes d’un peintre, de son
imaginaire. De surcroît, chaque participant du colloque a accès à l’une des 30
bases de données personnelles que contient aussi la base Magritte. Le participant peut donc ainsi loger, compiler et
chercher ses propres éléments analytiques pour chacune des 2 000 œuvres.
Le colloque propose les innovations suivantes :
(1) une nouvelle
méthodologie : l'emploi d'une base de données pour loger le corpus, son
analyse générale et les analyses personnelles des participants et pour répondre
à diverses requêtes (recherches, compilations, statistiques, etc.) ; (2) une
nouvelle organisation de la recherche : une vingtaine de chercheurs
analysent avec les mêmes outils un même corpus mais sous des angles
différents ; (3) une nouvelle approche du corpus magrittien : la pluridisciplinarité – histoire de l’art, littérature, linguistique,
philosophie, esthétique, rhétorique, informatique, communications, etc. – et la
diversité des points de vue assurent le renouvellement du savoir sur le
corpus ; tandis que la complémentarité des analyses est assurée par le
fait que les chercheurs sont aussi sémioticiens (la sémiotique est l’étude des
signes, textuels ou autres); (4) une nouvelle démarche rendue possible par la base : chaque
analyse, pour dépasser les approches traditionnelles fragmentaires et
« intuitives » (mais qui ont leurs mérites), prend en compte la
totalité d’un corpus très étendu. Il devient notamment possible de contraster avec
l’œuvre entier un sous-groupe d’œuvres analysées; le
colloque dès lors verra sa cohérence renforcée par une combinaison d’analyses
replacées dans le contexte global de l’œuvre entier.
La tenue du
colloque devrait entraîner des retombées intellectuelles importantes dans les
secteurs suivants : sémiotique textuelle et visuelle ; recherche et
analyse d’images assistées par ordinateur ; littérature et onomastique
(les titres de Magritte) ; histoire de l’art ; études magrittiennes. De
nombreux extrants de recherches matérialiseront et véhiculeront ces retombées.
Les actes de l’atelier seront publiés en livre (avec arbitrage) aux Éditions
Nota Bene, distribuées au Québec et en France.
Le colloque réunit une vingtaine de
participants – professeurs-chercheurs, étudiants aux cycles avancés ou
postdoctorants – du Canada, de France et de Belgique (une demi-douzaine de chercheurs
supplémentaires se joindront à eux dans le cadre des actes en livre du colloque).
Parmi les colloquants figurent des chercheurs jouissant d’une grande réputation
internationale, dont Jean-Guy Meunier et Francis Edeline (du célèbre Groupe µ).
Louis Hébert, Université du Québec à Rimouski
(louis_hebert@uqar.qc.ca)
Pascal Michelucci, Université de Toronto (pascal.michelucci@utoronto.ca)
Éric Trudel, Université Laurentienne (etrudel@laurentienne.ca)
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